Vendredi 31 Mai 2019

Shelmi

Vendredi

31 Mai 2019

Samedi

1 Juin 2019

Hip Hop Electro

SHELMI (c) Flavien Prioreau

Une mue salutaire
En 2016, Sacha, Benjamin et Celio, forment encore Super Social Jeez. Les trois musiciens se sont rencontrés 5 ans plus tôt. Benjamin était ingénieur du son pour le premier groupe de Sacha. Après s'être découvert une passion commune pour la musique ouest africaine, ils se mettent à faire de la musique ensemble, puis de fil en aiguille montent un groupe de pop. Par l'intermédiaire de leur bassiste, ils rencontrent Celio, qui passe derrière la batterie. Pendant 4 ans ils chantent avec insouciance des chansons rafraichissantes inspirées de la musique afro-­‐américaine, font des featurings avec les pointures du rap parisien, puis après avoir sorti un premier EP, organisent une tournée homemade à bord de leur vieille clio cabossée, assurant notamment les premières parties de Christine & The Queens en Bretagne et au Luxembourg. Mais dans ces conditions de tournée spartiates, impossible d'emmener avec soi la panoplie du groupe de pop classique... Les gars n'embarquent sur la route que le strict minimum : une boite à rythme, deux guitares, un synthé et un laptop. Leur musique se met alors à flirter spontanément avec le hip-­‐hop new school de Drake, The Weeknd, Majid Jordan, ou encore Travis Scott. Productions dépouillées, rythmiques syncopées (No Go Zone, Mauvais départ) autotune et sonorités aériennes habillent désormais les morceaux pop, parfois presque rock (Hémisphère Nord) du trio. Mais leurs influences vont également puiser dans l'esthétique digitale du rap français (PNL, Booba), et dans les textures analogiques de l'electro anglaise (Jungle, James Blake), donnant lieu à des métissages iconoclastes (Téléscope, Quelque Chose, 2K17).

Poursuivant la transformation déjà engagée, Sacha, chanteur et auteur du groupe, veut alors expérimenter une nouvelle façon de s'adresser au public, plus sincère. Ecrire et chanter en français devient une condition nécessaire pour que leur musique percute les cœurs et les esprits. L'imaginaire qu'il invoque raconte les méandres de la modernité, des villes et de leur rudesse, sans concession. Chaque chanson plonge au coeur des incertitudes de la jeunesse, celles que connaissent organiquement les membres du groupe, pas encore 30 ans.

C'est ainsi qu'au printemps 2016, entre deux aires d'autoroute, SHELMI est né.

Les mots à l'épreuve du réel
Enregistré à huis clos entre l'été 2016 et l'hiver 2017, dans des home studios improvisés, puis mixé chez des producteurs viennois (Autriche) l'album « No Go Zone », raconte l'absurdité du système capitaliste, et les perspectives qu'il laisse aux jeunes (Hémisphère Nord). Il dit un monde du travail frelaté (Mauvais départ), les patrons abusifs et la précarité (Waterproof), mais s'attaque aussi à l'actualité, celle qui traumatise, comme l'affaire Théo, dans 2k17. SHELMI consacre une chanson aux attentats, sur fond d'ennui générationnel et de consommations illicites (No Go Zone), et décrit la montée des extrêmes dans Impression. Des thématiques telles que l'entre-­‐soi culturel (All in), l'amour 2.0 et les relations à distance (Téléscope) viennent compléter le panorama sociétal que le groupe dessine sans trop s'en rendre compte. Ce panorama, souvent sombre, c'est celui de la jeunesse d'aujourd'hui : une jeunesse lucide, mais jamais résignée.

Désenchantement de la jeunesse
SHELMI est un groupe qui raconte la jeunesse d'aujourd'hui et le monde, souvent décevant, qu'elle doit affronter. Le Mal du Siècle 2.0 que SHELMI décrit, c'est celui des manifestations contre la « Loi Travail », du Bataclan, des bavures policières, de Deliveroo, du dérèglement climatique, de l'abstention politique. Cette perspective d'un avenir titubant, précaire et injuste, les membres du groupe l'abordent de l'intérieur. Car SHELMI est à l'image de sa génération, sacrifiée mais pas perdue. Une jeunesse qui oscille entre tentation de la mélancolie, et inévitable soulèvement. Malgré tout, SHELMI fait le choix de l'optimisme. Leurs chansons sont des bras d'honneur souriants, qui regardent le monde avec un humour et une légèreté profonde. L'insouciance et l'autodérision deviennent des refuges efficaces, musicalement retranscrits par une fraicheur pop, un sens de la punchline, et une bonne dose d'insolence.